Paris 1914: la Mobilisation

Le samedi 1er août, à 16 heures, un garçon de bureau sortit en courant de la Préfecture de police. Il tenait à bout de bras un carré de papier jaune qu'il agitait comme un drapeau. Devant la caserne voisine des pompiers il s'arrêta, choisit une bonne place sur le mur de la façade et y fixa son placard où étaient tracées, à la main, ces lignes formidables:

EXTRÊME URGENCE — CIRCULAIRE RECOMMANDÉE
ORDRE DE MOBILISATION GÉNÉRALE
Le premier jour de la mobilisation
EST LE DIMANCHE 2 AOUT

Des pompiers étaient sortis de la caserne pendant cette opération. Les passants vinrent peu à peu grossir leur petit groupe. Ils se bousculaient pour mieux lire l'affiche et semblaient frappés de stupeur.

Le matin, les journaux avaient annoncé la mobilisation générale en Autriche et en Russie, la proclamation de l'état de siège en Allemagne. Pourtant on espérait encore. On ne voulait pas, on ne pouvait croire à la guerre.

Des soldats passèrent, allant relever la garde du Palais de Justice. Un même cri jaillit de toutes les poitrines: «Vive l'armée!»

Quand cette explosion d'enthousiasme guerrier fut apaisée, des conversations animées s'engagèrent. Un vieux monsieur réclama un moment d'attention. Il portait une redingote noire dont le col était parsemé de pellicules, une longue barbe, des lunettes, un chapeau haut de forme. Ces marques extérieures de compétence lui valurent spontanément l'admiration respectueuse de la foule.